Forces maritimes de l’OTAN : Belges et Américains comme fers de lance

Article : Rein Van den Bergh – Photos : Vincent Bordignon

L’automne 2019 fut riche d’événements pour l’équipage de la frégate Léopold Ier. En août dernier, le navire intégrait le Standing NATO Maritime Group 1 (SNMG 1), commandé par l’amiral américain Edward Cashman. Le Léopold Ier était, quant à lui, sous le commandement du capitaine de frégate Frederick Van de Kerckhove. Nous nous sommes entretenus avec ces deux commandants quant aux événements des derniers mois, de la collaboration belgo-américaine et des émotions que suscite le retour au bercail après une longue absence.

Amiral, pourriez-vous nous définir l’acronyme SNMG 1 ?

Amiral Edward Cashman : Le Standing NATO Maritime Group (SNMG) est une escadre maritime permanente dont les troupes sont en état d’alerte élevé. Nous formons la composante maritime de la Force de réaction de l’OTAN (NATO Response Force). Notre tâche consiste à nous entraîner sans relâche afin que l’OTAN puisse nous engager sous bref préavis lors de crises ou de conflits. Telle est notre priorité.

Comment vous êtes-vous entraînés ces derniers mois ?

Capitaine de frégate Frederick Van de Kerckhove : Durant cette période au sein du SNMG 1, nous avons notamment participé au Dynamic Mariner. Cet exercice à grande échelle de l’OTAN a été organisé sous forme d’examen en vue de certifier le personnel maritime espagnol. Dès l’année prochaine, l’Espagne prendra le commandement de la Force de réaction maritime de l’OTAN, raison pour laquelle l’exercice s’est déroulé au sud de la péninsule. Outre de nombreuses unités espagnoles, les deux groupes maritimes SNMG 1 et 2 ne pouvaient, évidemment, pas manquer à l’appel du Dynamic Mariner.

Cashman : Pareil exercice nous offre l’opportunité d’améliorer conjointement nos compétences tactiques et d’entraîner nos troupes à la lutte anti-sous-marine, la lutte antiaérienne, etc. Nous développons ainsi une série d’exercices ayant pour objectif de tester toutes les capacités des navires et des aéronefs. Vers la fin d’un tel exercice, une phase plus tactique nous permet de vérifier si le personnel est capable de réagir aux incidents lorsqu’ils se produisent en temps réel. Pas de scénario, pas d’accords mais une mise en situation réelle.

Comment Dynamic Mariner, sous commandement espagnol, s’est-il déroulé ?

Van de Kerckhove : Dynamic Mariner était un exercice de l’OTAN qui devait préparer les navires et leur personnel à la high end warfare, lors d’une opération dite « article 5 » ou en réponse à une crise. De telles opérations se déroulent généralement dans un contexte de violence à intensité élevée : combat classique, État contre État, navire contre navire. Aujourd’hui, la plupart des États membres de l’OTAN veulent mettre l’accent sur cette high end warfare. Après dix ans de lutte contre le piratage dans l’océan Indien, nous retrouvons notre cœur de métier. Dynamic Mariner s’est avéré idéal dans ce cadre.

Le scénario était basé sur la situation en mer Baltique. L’OTAN montre ainsi l’importance qu’elle accorde à ce territoire. La région autour de la côte sud espagnole était répartie en plusieurs zones qui représentaient chacune un pays des Balkans. La combinaison avec le détroit de Gibraltar offrait un cadre idéal pour s’exercer à pareil scénario. Le détroit, qui voit passer de nombreux vaisseaux civils, n’est pas à l’abri d’une menace. Le cœur de métier de la Marine est de maintenir ouverte cette voie navigable.

Lors de cet exercice au sein de l’escadre de l’OTAN, quel rôle était dévolu au Léopold Ier ?

Van de Kerckhove : Au mois d’août, le Léopold Ier intégrait pour six mois l’un des quatre groupes navals que l’OTAN peut déployer en cas de crise maritime. Avec les autres vaisseaux du groupe, nous participions durant cette période à plusieurs exercices, organisés par l’OTAN ou par certains États membres.

Cashman : À l’instar de tous les autres navires, le Léopold Ier a fait bénéficier le SNMG 1 de ses spécialités : sécurité maritime, opérations d’arraisonnements, opérations antiaériennes… Les navires ont été conçus pour assurer l’éventail complet de ces opérations. Chacun des pays participants s’entraîne en vue d’une certification. Ma collaboration avec le capitaine Van de Kerckhove et son équipage me permet de dire que ce navire est exemplaire. Un véritable bijou technologique, comme une petite ville en mer.

L’amiral et son staff se trouvaient à bord du destroyer américain USS Gridley, le porte-étendard du SNMG 1. Avec quels autres pays avez-vous collaboré ?

Van de Kerckhove : Dans notre sillage suivaient la frégate norvégienne Thor Heyerdahl ainsi que deux M-frégates du même type que le Léopold Ier, le Francisco Di Almeida portugais et le Van Speijk néerlandais. Les M-frégates sont des vaisseaux multifonctions, d’où leur nom.

Comme les M-frégates ont été conçues pour la lutte anti-sous-marine, elles sont équipées de torpilles et d’un sonar. Mais au fil du temps, les opérations maritimes se sont rapprochées de la terre ferme. Le navire a donc été modifié en conséquence : nous disposons aujourd’hui de caméras et d’autres systèmes radars mieux adaptés aux opérations à proximité de la côte.

Amiral, en tant que commandant du SNMG 1, vous avez collaboré étroitement avec nos militaires belges. Comment envisagez-vous l’évolution de la collaboration maritime entre les États-Unis et la Belgique ?

Cashman : Je crois qu’on peut parler d’un regain d’intérêt pour la coordination et la collaboration maritime, surtout dans l’océan Atlantique. Il faut garder à l’esprit que, il y a septante ans, les pays signataires du traité de l’OTAN ne l’ont pas nommé d’après une ville ou un groupe de pays, ni même d’après le lieu de la signature. Le traité porte le nom de l’Atlantique Nord en raison de l’importance de cet océan. Ces pays considéraient l’océan Atlantique comme un pont entre l’Europe et l’Amérique du Nord pouvant tous nous réunir. L’importance de ce pont métaphorique et de cette interconnexion fut vérifiée à de nombreuses reprises au siècle dernier. Aujourd’hui, les gens réalisent une fois de plus que nous devons garantir sa sécurité. Cette mission incombe avant tout à nos troupes maritimes.

J’aimerais en savoir plus sur votre vision personnelle de la Marine. Qu’est-ce qui rend la vie « à bord » si spéciale ?

Van de Kerckhove : La Marine est synonyme d’un grand professionnalisme en mer mais aussi de beaucoup de temps libre à l’étranger. En rejoignant la Marine, vous parcourez un sacré bout de planète. Ces derniers mois, nous avons notamment fait escale à Norfolk (États-Unis) et Halifax (Canada), plus grande base navale au monde. Nous sommes entrés, de plus, dans Manhattan avec notre frégate. Qui peut en dire autant ?

Cashman : Partout dans le monde, les militaires de la Marine ont beaucoup en commun. Ils aiment leurs navires et en sont terriblement fiers. Ils adorent naviguer en haute mer, affronter les éléments, vivre l’aventure… Ce sentiment d’être « à la merci » des mers est tout simplement incomparable. De même, regagner son port d’attache vous remplit d’une profonde émotion, que vous n’éprouverez nulle part ailleurs. Bref, ces militaires ont énormément en commun, surtout d’un point de vue culturel. Ce sont ces aspects du métier qui nous tiennent le plus à cœur.

MWG
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