Command Staff Trainer : la tactique au bout des doigts

Article : Rein Van den Bergh – Photos : Ritchie Sedeyn, Jürgen Braekevelt

Désormais, les états-majors de compagnies et de battlegroups peuvent appliquer des scénarios d’entraînements tactiques sans mettre un pied sur le terrain. On ne parle pas ici de jeux de guerre classiques comprenant cartes d’état-major et tableaux. Le Command Staff Trainer (CST) propose aux échelons supérieurs de mener des actions défensives et offensives dans une bataille complète et numérique. Nous avons observé comment les cadres du Bataillon Libération – 5 de Ligne appréhendaient le simulateur afin de dresser un premier bilan.

Pour acquérir une solide expérience, les chefs et leurs états-majors ont besoin d’un environnement de travail réaliste, associé à de bonnes possibilités de prises de décision. Un entraînement basé sur des simulations leur offre les opportunités indispensables de s’exercer à peaufiner leurs prises de décisions et à les rendre plus rapides. Des systèmes d’entraînements virtuels offrent un environnement permettant la visualisation de l’espace de combat et la prise de décisions tactiques.

Sous son propre toit

Selon le major Kurt Vanderheyden, commandant du Centre de Simulation (CSim) de Bourg-Léopold, « la raison principale d’opter pour le CST était le manque d’entraînement fonctionnel servant à apprendre aux postes de commandement de compagnies et de battlegroups à mener une manœuvre interarmes. Lorsque nous voulions nous rendre sur la scène de bataille virtuelle, nous devions encore récemment faire appel à des pays comme la Suisse, les Pays-Bas et la France. L’acquisition du CST permet à notre personnel de ne plus se rendre à l’étranger, ce qui nécessite toujours une organisation logistique et un budget importants. Nos militaires peuvent ainsi s’adonner à leurs entraînements dans l’environnement familier de la caserne de Bourg-Léopold. »

L’acquisition du CST permet à notre personnel de s'adonner à leurs entraînements dans l'environnement familier de la caserne de Bourg-Léopold.

Première prise de contact

Pour avoir une idée de l’interface CST, nous nous entretenons avec l’adjudant-chef Eric Juvyns du centre de simulation. Il clarifie les nombreux détails que dissimulent le logiciel. Avant d’examiner de quoi il retourne, nous ciblons le public. Dans ce scénario test, il s’agit du commandant de la compagnie et de son état-major.

 

Un exercice dans le CST commence exactement de la même manière qu’une manœuvre sur le terrain. Le commandant de compagnie prépare ses ordres et donne un briefing aux commandants de peloton qui feront ensuite de même. Ici s’arrête toutefois la comparaison. À la place d’entrer dans leur véhicule, les hommes s’assoient derrière leur poste de travail. Pas besoin de protections auditives mais bien de hauts-parleurs et d’un micro. Le simulateur est extrêmement interactif. Depuis leur ordinateur, les participants peuvent déplacer leurs troupes sur la carte. Représentées sous forme d’icônes, ils peuvent leur faire effectuer toutes sortes de tâches.

Fonctionnement

« Quand on voit l’interface pour la première fois, celle-ci ressemble à une carte d’état-major sur laquelle des troupes conventionnelles se déplacent sous la forme d’icônes. Mais il s’agit évidemment de bien plus que cela », raconte l’adjudant-chef Juvyns avec enthousiasme.

 

Les cartes que le système utilise ressemblent à des cartes d’état-major mais avec une base de données préintégrées. Sur base des souhaits de l’unité, les gestionnaires les collectent auprès de services géographiques et de diverses sources publiques. Ils font de cet ensemble, un « package » global pouvant inclure des voies navigables, des groupes de populations, des conditions météorologiques, etc. Ils installent ces éléments qui constituent l’arrière-plan de la carte et peuvent ainsi créer un environnement aussi détaillé que possible.

Les cartes que le système utilise ressemblent à des cartes d'état-major mais avec une base de données préintégrées.

« Nous pouvons également simuler des mouvements de troupes logistiques et médicales, contrôlés via une intelligence artificielle (IA) ou des personnes. À titre d’exemple, si je sélectionne un type de véhicule, le logiciel tient compte de sa vitesse maximale de jour ou de nuit, en prairie ou forêt, sur chemin en béton ou en terre et ainsi de suite. L’adjudant-chef Juvyns précise que la base de données contient également ces informations pour les avions, véhicules blindés, troupes de combat et chars. « L’expérience totale et le réalisme priment. »

À vous d’essayer !

Les mots sont éloquents mais ne suffisent pas. Ce qui est écrit sur papier doit également être concrétisé. Afin de soumettre le logiciel à un premier scénario test, une vingtaine de militaires du Bataillon Libération/5 Li avaient concocté un scénario à faire appliquer au simulateur CST. Le major Bert Smeets de la Cellule Détachement (DTI) en observait le fonctionnement et l’exécution. « Un exercice extérieur nécessite davantage de temps en préparation. Un temps mort pendant l’exercice immobilise toute une compagnie mais pas ici. Lorsque les choses se passent mal sur le simulateur, nous pouvons éventuellement activer une pause ou un redémarrage. »

 

Le lundi, le détachement du bataillon préparait l’ordre. Le mardi matin, les hommes faisaient connaissance avec le système et dans l’après-midi, l’exercice avait déjà quitté les starting-blocks. « Si nous n’étions pas dotés de ce système CST, nous perdrions plus de temps en préparation et exécution », déclare le major Smeets. « Pour un exercice interarmes au niveau de la compagnie, on parle d’un déploiement sur le terrain de quelques centaines d’hommes. Ici, une vingtaine suffit. »

 

Le détachement discute des événements positifs et négatifs du jour lors d’une After Action Review (AAR) organisée chaque soir. Les différents échelons donnent leur feedback puis examinent la suite de l’exercice.

Profond réalisme

Le CST semble être l’application idéale pour les unités actives de la Défense par son gain en effectifs ainsi que par sa réduction drastique des temps de préparation et d’exécution. Mais sa salle informatique bien chauffée ne remplace pas un réel exercice », souligne le major Vanderheyden. « Notre but n’est absolument pas de retirer les troupes du terrain car rien ne remplace les expériences en environnement réel. Avec ce simulateur, nous voulons éviter les « temps morts » possibles lors d’un exercice de grande ampleur. Avec le CST, nous pouvons préparer nos hommes à la perfection. »

Notre but n'est absolument pas de retirer les troupes du terrain car rien ne remplace les expériences en environnement réel.

« Il y a dorénavant une alternative aux exercices classiques sur carte qui peuvent comporter de grands risques (jeu de plateau, NDLR) », conclut l’adjudant-chef Juvyns. « Les paramètres « sur mesure » de la base de données décident ici des délais et situations. Ainsi, le réalisme atteint des sommets et les cadres de peloton et de compagnie bénéficient d’un entraînement solide.

 

Grâce aux enseignements de ce premier scénario test, le simulateur CST sera aussi disponible début 2019 pour entraîner le commandement d’un battlegroup. Retrouvez plus d’informations à propos du simulateur CST sur le site intranet du CSim/CST.

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