Chirurgie au front

Article & photos : Bart Vanderheyden
Avertissement : certaines photos reprises dans cet article pourraient heurter la sensibilité de nos lecteurs.

 La nouvelle Special Operations Surgical Team (SOST) était engagée en Irak de la mi-février à la mi-août au profit du Special Operations Task Group (SOTG) 631. Bien avant 2017, des unités belges spécialisées étaient, quant à elles, déjà actives en Irak dans la lutte contre Daesh. À Bagdad et autour de la ville kurde d’Erbil, elles contribuent à former l’armée irakienne et à conquérir Mossoul.

« Leur matériel est adapté, de manière à ce que la SOST soit la plus mobile et la plus légère possible. »

Pour la SOST, l’engagement en Irak était la première mission en zone de guerre. Différentes unités de la Composante Médicale ont contribué ces dernières années à développer ce module. Celui-ci a pour objectif de prodiguer des soins chirurgicaux à des opérateurs SOF exécutant une mission dans les environs depuis une position avancée et pour un temps limité.

Leur matériel est adapté, de manière à ce que la SOST soit la plus mobile et la plus légère possible. Pour exécuter sa mission, elle nécessite un chirurgien, un anesthésiste, deux infirmiers/infirmières spécialisé(e)s ainsi qu’un assistant technique. Ceux-ci sont sous le commandement tactique d’un médic spécialisé. Leur entraînement se déroule auprès du département médical du quartier général OTAN pour les opérations spéciales (NSHQ) au SHAPE (Mons) et aux États-Unis.

Jusqu’à fin juin 2017, Mossoul constituait l’objectif principal dans la lutte contre Daesh mais l’effort principal s’est déplacé dans l’intervalle. Cela se remarquait également aux détachements médicaux déjà en place avant l’engagement de la SOST : un hôpital Role 2 comprenant plusieurs salles d’opération, sept postes de secours Role 1, des hélicoptères Black Hawk d’évacuation sanitaire dans le « nœud » militaire d’Erbil ainsi que des éléments avancés Role 1 et chirurgicaux. De nombreux pays ont, par ailleurs, mis des éléments chirurgicaux mobiles à disposition de la coalition.

La Belgique s’est jointe à ces pays en février 2017. Pendant six mois, la SOST belge a fourni un appui médical en alternance au SOTG 631 depuis des positions avancées ainsi qu’un appui à la coalition internationale depuis des postes d’accueil de blessés.

Elle n’y était heureusement pas seule, la protection étant en grande partie assurée par les troupes de sécurité locales. Le commandement du poste était, à chaque fois, assuré par un médecin de la coalition, assisté d’un détachement international comprenant du personnel médical irakien, des SOF et du personnel médical des troupes de la coalition. Des ambulances irakiennes transportaient les patients depuis les combats à Mossoul. Ceux-ci étaient stabilisés dans le poste d’accueil et évacués ensuite vers l’arrière par ces mêmes ambulances.

Ces postes destinés à recueillir (ou accueillir) les blessés diffèrent fortement par leur structure mais comprennent toujours les mêmes zones : une de recueil et de tri et une autre destinée aux interventions chirurgicales. Certains sont bien équipés, d’autres ne se composent que de quelques tentes entourées de sable. La vie y est parfois rude et rudimentaire : très froide en hiver et étouffante en été. Certaines installations disposent à peine de sanitaires, d’eau courante et l’électricité est produite par un groupe électrogène. La menace de contre-attaques de Daesh à l’aide d’obus de mortier y est constante et des blessés peuvent arriver en provenance du front à tout moment.

« Certains postes sont bien équipés, d’autres ne se composent que de quelques tentes entourées de sable. »

Le nombre de patients varie de jour en jour et selon les opérations du moment dans le secteur. Lors d’une nouvelle offensive, jusqu’à trente patients peuvent arriver par jour. L’afflux diminue ensuite lentement jusqu’à cinq par jour. En d’autres termes : jusqu’à la fin des combats dans la zone.

Certains décèdent avant d’avoir atteint le poste de recueil. D’autres sont stabilisés au tri et envoyés rapidement dans la chaîne médicale. Sans oublier les blessés nécessitant une intervention chirurgicale immédiate…

Les principales blessures sont des blessures par balles, engins explosifs improvisés, roquettes et obus de mortier. Certains blessés présentent également des brûlures. La majorité du personnel SOST y est heureusement accoutumé, du fait de son expérience professionnelle au Centre des grands brûlés de Neder-over-Heembeek.

Bon nombre de patients sont des militaires irakiens mais des civils ainsi que des personnes d’une autre nationalité sont parfois également soignés dans ces postes. La SOST belge a ainsi prodigué des soins à un bébé de six mois blessé lors d’un attentat-suicide.

« Au total une cinquantaine de patients CBRN ont ainsi été évacués, tous militaires irakiens. »

Le type et le mécanisme des blessures évoluent dans le temps. Tant que les combats pour Mossoul s’éternisaient, Daesh et la coalition adaptaient leurs tactiques, techniques et procédures. Au début du siège de Mossoul, ce furent essentiellement des attentats-suicides qui provoquèrent un grand nombre de blessés. Dès que les troupes irakiennes eurent pris des mesures appropriées, les blessures par balle firent leur « apparition ». Les grenades de 40 mm devinrent ensuite l’arme préférée de Daesh, occasionnant de nombreuses blessures dues aux explosions.

Alors que la chute de Mossoul devenait imminente, les combattants de Daesh recoururent en désespoir de cause aux armes chimiques de la mi-juin à début juillet 2017. Ils utilisèrent notamment du gaz moutarde, du chlore gazeux et du phosphore blanc multipliant les victimes CBRN. Celles-ci durent être d’abord décontaminées avant d’être admises dans le poste médical de recueil afin d’éviter toute contamination du matériel médical. Une cinquantaine de patients CBRN ont ainsi été évacués, tous militaires irakiens. Ils présentaient essentiellement des problèmes cutanés et respiratoires ainsi que des lésions oculaires et furent soignés par les équipes de décontamination et chirurgicales de la coalition, dans un lieu situé au sud de Mossoul. L’un d’eux succomba à ses blessures.

En finalité, la SOST belge aura vu quelque 360 patients dont également des Européens dans les postes de recueil où elle a été engagée. Près de 45 d’entre eux ont nécessité des soins chirurgicaux, soit quelque 150 interventions chirurgicales.

Après six mois, la SOST revenait en Belgique et le reconditionnement commençait. Les articles médicaux de consommation doivent, en effet, être complétés et les feedbacks nécessaires collectés. Certains matériels et produits ont semblé ne pas répondre aux exigences du travail et du terrain. La Composante Médicale revoit actuellement la doctrine, les procédures et le cycle d’entraînement. Le module est, quant à lui, préparé pour un prochain engagement.