Opération Valiant Phoenix : préparatifs pour le front

Texte de Karen Bral, photos de DGCom

Le Baghdad Diplomatic Support Centre, le camp de la coalition internationale contre Daesh, se trouve à proximité immédiate de l’aéroport de Bagdad. Depuis que le ministre de la Défense Steven Vandeput a décidé, en février 2015, de participer à l’opération Valiant Phoenix, c’est dans ce camp qu’est stationné le détachement belge de formation. Vingt mois plus tard, il s’y trouve toujours, sous une forme un peu moins peuplée.

Bagdad (Irak)

La palette de couleurs du camp exploité par les États-Unis est maigre : ici, le beige et le gris dominent, conséquence d’un sable omniprésent et du mur de plusieurs kilomètres de long qui enserre le gigantesque camp et le subdivise en secteurs. Mais il faut au moins reconnaître un grand mérite aux Américains : ils respectent les règles à la lettre. Ils s’arrêtent, par exemple, à chaque carrefour ou passage pour piétons même s’il n’y a pas âme qui vive. D’un autre côté, on peut entrer au mess dans n’importe quelle tenue. Et une page supplémentaire ne suffirait pas pour expliquer ce qu’il y a à se mettre sous la dent. En bref, c’est le cliché américain.

Assez parlé des Yankees, évoquons plutôt le détachement belge en Irak. Il se compose actuellement de 13 personnes, alors qu’il y en avait une trentaine en mars 2015, au début de la mission. Cette moindre fréquentation est due essentiellement à leur propre travail car l’objectif du détachement consistait d’emblée à le rendre facultatif à terme. Ou comme le formule si bien le chef du détachement : We work ourselves out of a job.

Autonome

veiller à détenir les compétences et les connaissances nécessaires pour tenir tête à Daesh sans aide extérieure

La mission initiale de la coalition internationale consiste à former les troupes d’élite irakiennes à Bagdad et les assister durant leur formation initiale et surtout leur spécialisation. Après l’instruction de base, les soldats sont répartis selon leurs compétences, en cours combat, commando, sniper, médical ou counter-IED (Improvised Explosive Devices : engins explosifs artisanaux). Raison pour laquelle le détachement belge se compose de personnes issues de diverses unités de la Composante Terre.

Au début de la mission, les instructeurs de la coalition internationale s’étaient eux-mêmes retroussés les manches pour assurer la formation des troupes irakiennes. Maintenant, ce rôle incombe généralement aux Irakiens : ils s’initient à la méthodologie et dispensent de plus en plus de cours. Les instructeurs occidentaux se contentent souvent de vérifier si les Irakiens atteignent le niveau de qualité et les objectifs exigés. Car c’est bien l’objectif final : veiller à détenir les compétences et les connaissances nécessaires pour tenir tête à Daesh sans aide extérieure et gagner assez d’autonomie pour que les militaires les plus talentueux deviennent à leur tour instructeurs.

Un exemple médical

Le cours médical est un parfait exemple de cette transition progressive. La formation vise à apprendre aux soldats les procédures et les gestes qu’il faut appliquer soi-même à l’endroit de la blessure. Ceci contribue à réduire le risque de décès de façon significative. Les blessures les plus fréquentes relevées au front sont dues à des tirs de balles, de brûlures, des éclats de projectiles et/ou souffle des explosions (ondes de pression). Les victimes des attentats du 22 mars dernier à l’aéroport de Zaventem et à la station de métro Maalbeek ont subi des blessures comparables. Réagir dès les premières minutes, voire les premières secondes, s’avère crucial.

Les élèves irakiens s’en rendent bien compte. Leur désir d’apprendre est intense. Les meilleurs d’entre eux sont devenus instructeurs auxiliaires ou à part entière. Marnix, instructeur belge, en est très fier. Arrivé parmi les premiers, il donnait lui-même cours au début. Maintenant, il assiste surtout les instructeurs irakiens, leur donne de temps à autre quelques explications, mais veille surtout à ce que soit maintenu le niveau qu’il avait fixé l’an dernier.

Bombes et objets courants

S’il est bon de savoir comment réagir face à des blessures mortelles, il est encore mieux d’empêcher ou d’éviter les explosions qui provoquent de telles blessures. C’est ici qu’interviennent Dimi et Billi, deux instructeurs en counter-IED. En Irak, le quotidien est fait de multiples sortes de bombes improvisées qui provoquent un grand nombre de victimes. Elles sont préparées avec du matériel domestique, de jardin ou de cuisine. Pendant le cours counter-IED, Dimi et Billi apprennent aux soldats les procédures pour identifier, comprendre et neutraliser de tels engins explosifs artisanaux.

Contrairement au cours médical, les séances de counter-IED sont toujours données par des soldats de la coalition internationale, en l’occurrence des Français. Ils sont assistés de deux Belges qui assument une partie des leçons. Leurs connaissances sont très étendues, mais eux aussi apprennent chaque jour. Le service de renseignement de la coalition les informe de nouveaux explosifs artisanaux qui sont encore plus diaboliques et font toujours plus de victimes. Au front, il n’y a pas de limite aux atrocités. La fin justifie manifestement tous les moyens. « Nous essayons d’adapter notre cours à ces nouvelles connaissances, pour préparer au mieux les Irakiens à ce qui les attend au front », explique Dimi. Mais cela ne suffit pas : « J’emporte également mes connaissances en Belgique car ce que nous rencontrons en Irak peut un jour ou l’autre surgir chez nous », explique-t-il.

Pendant le cours counter-IED, Dimi et Billi apprennent aux soldats les procédures pour identifier, comprendre et neutraliser de tels engins explosifs artisanaux.

Faire beaucoup avec peu de moyens

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Lors de l’atelier de Dimi et Billi, les soldats irakiens apprennent à utiliser un détecteur de mines. Cela ressemble fortement aux détecteurs de métaux tels ceux utilisés par les chasseurs de trésors sur les plages. Très concentrés, ils inspectent un chemin conduisant vers un bâtiment, faisant attention au moindre piège. Les instructeurs n’ont pas fait dans la dentelle : ils ont caché des IED en plusieurs endroits. Les soldats ont pour mission de sécuriser un passage pour les collègues qui les suivent. Pour qu’ils apprennent le maximum en peu de temps, les Irakiens travaillent sur plusieurs ateliers par un système de tournante. Chaque groupe maîtrise ainsi différentes méthodes de travail afin de s’initier aussi sûrement que possible à un environnement truffé de pièges.

Si les Irakiens ne sont pas vraiment bien dotés en matériel de cours, cette carence est largement compensée par l’inventivité des Belges. Ceux-ci utilisent des clous entourés d’un ruban de signalisation afin de représenter un sentier sécurisé ou de simples cordes et mousquetons pour déplacer les engins explosifs. Marnix a fait preuve d’une inventivité identique pour sa formation : « En l’absence de garrot, j’ai appris qu’il était possible d’obtenir le même résultat avec un morceau de tissu et un fil de fer ou encore avec une branche et un flacon en plastique. Nous apprenons nous-mêmes à faire preuve de créativité. »

Sitôt les principes de base assimilés, les Belges s’efforcent de compliquer la tâche en reproduisant des situations tactiques. « Ne soignez pas un blessé à découvert, mais cherchez d’abord une protection », explique Marnix. La stratification complique les choses, mais est indispensable au front. Dimi et Billi appliquent la même méthode de travail : ils n’évaluent pas seulement la capacité des adhérents à détecter et contourner les engins explosifs mais également à vérifier si le chemin suivi était le plus sûr, en fonction des diverses possibilités de mise à couvert. Autant d’aspects qui marquent la différence entre la vie et la mort…

Car c’est bien de cela qu’il s’agit en Irak. Après avoir réussi leur cours de spécialisation, les soldats entrent en contact avec leurs collègues ayant une expérience du front. S’ensuit une période durant laquelle, avant le départ pour le front, chacun partage avec les autres ses connaissances acquises durant le cours de spécialisation.

 

Vision d'avenir

À la demande du gouvernement irakien, la coalition réoriente ses efforts vers des tâches de conseils des opérations dans le nord du pays. Puisque c’est dans cette région que les troubles sont les plus grands, son aide devrait y être plus qu’utile. Rien n’est encore décidé, mais les Néerlandais partagent déjà le même avis et des discussions sont en cours à ce sujet.

La mission prendra donc probablement une tournure différente en 2017. Comme le mandat actuel concerne surtout la formation, il va évoluer vers plus d’appuis et de conseils sur les lignes à l’arrière du front. En exécutant cette mission, nos militaires contribuent à un monde plus sécurisé et se dotent d’une expérience qui leur viendra bien à point dans la suite de leur carrière.

Une nouvelle piste d'obstacles pour les troupes irakiennes

Le 1er novembre 2016, le général-major irakien Falah Hassan, commandant de la Counter Terrorism Service Academy à Bagdad, a signé avec les représentants néerlandais et belges un accord pour l’aménagement d’une nouvelle piste d’obstacles. Si les Néerlandais apportent leur appui financier, la Belgique intervient à deux niveaux : un officier de réserve a dessiné les plans de la piste et un « géniaque » supervisera les travaux exécutés par une firme de construction irakienne.

La nouvelle piste comprendra une vingtaine d’obstacles respectant évidemment les normes de sécurité. Quatre seront récupérés de l’ancien parcours, les 16 autres seront neufs.

Le général est ravi de cet accord international. « Nous avons besoin de cette piste pour que nos troupes d’élite puissent accroître leurs compétences et leur condition physique. En opération, elles doivent être capables de surmonter tous les obstacles, naturels ou artificiels. C’est pourquoi ces hommes doivent vraiment être très athlétiques. »