« Land Component Commander’s Intent 2017 »

Texte : Comopsland - Photos : Comopsland, Daniel Orban

En tant que Commandant de la Composante Terre (LCC), il me parait indispensable, en ce début de mandat, de fixer la direction à prendre ainsi que de communiquer clairement mes intentions pour l’avenir. La période particulièrement difficile que nous vivons et les décisions fondamentales qui devront être prises pour la Composante Terre m’y incitent encore davantage. Mes intentions seront le fil rouge de ma période de commandement. Elles seront également évaluées à intervalles réguliers.
En tant que LCC, je vois deux parties à ma mission : d’une part exécuter parfaitement les missions assignées et d’autre part préparer simultanément la Composante Terre pour l’avenir.

Ajuster nos ambitions, bâtir l’avenir et rester attractif

« Bâtir l’avenir » signifie à la fois augmenter la capacité de formation des nouveaux militaires, renouveler notre matériel comme le prévoit la vision stratégique et mettre en place les projets de sourcing en fonction des départs à la pension des militaires plus âgés. Je suis convaincu que ces objectifs ne pourront être atteints que par une Composante Terre bénéficiant d’une image positive et constructive. En effet, c’est uniquement grâce à notre attractivité et à un projet positif, que nous pourrons mener à bien les missions mentionnées ci-dessus. Dans ce cadre, nos deux grands projets-moteurs sont la création du Commandement des Opérations Spéciales (SOCOM) et le développement pour la capacité motorisée du partenariat stratégique avec la France.

Ajuster nos ambitions

Les ambitions de la Défense sont clairement décrites dans la vision stratégique. Un plan réaliste destiné à atteindre ces objectifs doit cependant tenir compte de la situation réelle de notre organisation. C’est pourquoi, je limiterai consciemment mais temporairement l’output opérationnel de la composante Terre. Ceci nous est imposé par les effectifs actuels. Des 12660 militaires prévus, seuls 10500 sont aujourd’hui présents.

Construire l’avenir

Ensuite, je souhaite utiliser le personnel ainsi rendu disponible afin de “construire l’avenir”. Cela signifie par ordre de priorité :

1. Renforcer la formation

a.  La formation de base : je suis convaincu de la nécessité d’organiser la formation de base selon un ancrage local. Un tel ancrage va de pair avec l’exigence fondamentale d’une attractivité accrue.

 

b.  En ce qui concerne la formation des cadres, les solutions actuelles peuvent pour une large part demeurer d’application. Dans ce domaine nous devons explorer les pistes qui auront un impact social minimum sur les stagiaires et les instructeurs. Nous devons également envisager ces formations de manière « intégrées » afin d’éviter tous les doublons tout au long du parcours.

 

c.  Nous devons également être certains que nous génèrerons suffisamment de cadres officiers et sous-officiers. En outre, il est aussi très important de recruter clairement et prioritairement pour les fonctions de bases. Un recrutement adéquat à la base rendra possible le passage vers d’autres fonctions. Ceci est essentiel afin de donner au personnel des perspectives d’avenir et de toujours être capable de remplir des fonctions beaucoup plus spécialisées dans le futur (équipier des opérations spéciales, démineur, construction, mécanicien,…).

2.  Réaliser les programmes d’investissement durant cette législature

a.  Des 9,2 milliards € + les 200 millions € d’investissement de la vision stratégique, 2,594 milliards € sont directement prévus pour la Composante Terre dont 1,72 milliard € doivent être contractés pendant cette législature. Durant la prochaine décennie, cela permettra au nouveau matériel d’être livré au moment où l’ancien arrivera en fin de vie.

 

b.  L’exécution de ces programmes stratégiques est vitale pour la Composante Terre. Ceci autant pour exécuter les programmes d’investissement que pour assurer un appui journalier. Pour l’appui quotidien, mes priorités vont (dans l’ordre) vers l’équipement individuel, les munitions et les véhicules opérationnels.

3.  Exécuter les projets de sourcing

a.  Le niveau d’ambition global pour la Composante Terre avec 9858 militaires est comparable avec le niveau d’ambition théorique d’aujourd’hui. Ceci n’est possible que si dans le futur de nombreuses fonctions d’appui, qui sont encore actuellement occupées par des militaires plus âgés, soient remplies via d’autres alternatives. Dans une Défense plus petite, focalisée sur ses tâches fondamentales, la vision stratégique a donc opté pour le sourcing.

 

b.  L’exécution est naturellement liée au règlement des dossiers des pensions et des quartiers militaires. Cependant, la pyramide des âges actuelle est évidente. A un certain moment, ces solutions de sourcing devront être réalisées.

Une Défense attractive

Le troisième volet et pierre angulaire de notre approche pour les années à venir est l’augmentation de l’attractivité de notre profession et de la Défense dans sa globalité. Ceci est d’une importance vitale et constitue donc notre première priorité. Cette approche est cohérente avec l’objectif stratégique principal du Chef de la Défense, à savoir le renforcement du soutien de la société envers Sa Défense. Ceci nécessite à la fois un large spectre de mesures, une mentalité positive et constructive -« Can do »- mais aussi une volonté de participer ouvertement au débat public concernant la Défense et la Composante Terre. Voici quelques mesures qui me sont chères :

a.  L’ancrage local est le premier élément structurel sur lequel il faut s’engager. Pouvoir offrir toute une carrière (de la formation de base jusqu’à la pension) au niveau local dans un nombre maximum de professions est une perspective très attractive que nous devons développer plus en détails.

 

b.  Le statut à durée limitée (BDL) est dans sa forme actuelle un produit qu’il faut affiner. C’est pourquoi nous devons tout d’abord nous attacher à mieux expliquer ce concept et développer la politique d’outplacement encore de façon plus active et visible. Le BDL est actuellement un bon outil (théorique) du point de vue de l’employeur. Il offre une flexibilité dans la planification mais il doit aussi être rendu plus intéressant et plus clair du point de vue de l’employé si l’on veut que cela fonctionne.

 

c.  L’inversion d’une spirale négative en une spirale positive se déroule par petites étapes parfois symboliques. On peut penser dans ce cas à des avantages en nature, à l’amélioration ou au renouvellement de l’infrastructure existante ou encore à l’élargissement de l’offre des avantages offerts par le service social de la Défense (OCASC). Sous la devise ‘If you take care of the people, the people will take care of your business’, ces initiatives mèneront à une meilleure reconnaissance du personnel, le motivera et donnera à notre organisation une attention particulière.

 

d.  La simplification administrative : une approche plus moderne utilisant les possibilités d’information que la société nous offre peut générer une première amélioration. Donner accès pour l’exécution de tâches administratives à tout le monde de façon individuelle via smartphone ou via des applications sont des pistes qu’il faut explorer pour le jeune public cible que nous visons. La suppression des tâches administratives sans valeur ajoutée (Kafka) constitue un point d’action similaire.

 

e.  La communication : comme militaire, c’est un domaine qui ne nous est pas familier mais qui devra occuper une place fondamentale. Dans notre communication, je veux mettre l’accent sur les thèmes suivants :

(1)  Nous bâtissons l’avenir. Nous construisons une Composante Terre adaptée aux besoins et aux caractéristiques de la société de l’information du 21ième siècle. Cet avenir se base sur 2 projets, le SOCOM et la Capacité Motorisée, qui peuvent être considérés comme une référence pour les forces terrestres du monde entier. Grâce à ces projets, nous devenons les pionniers de la coopération en matière de Défense européenne et nous créons un modèle applicable à beaucoup de nos partenaires. Nous sommes persuadés qu’il s’agit de la voie (révolutionnaire) à suivre afin de bâtir une défense européenne forte, indispensable à la sauvegarde des intérêts et des valeurs belges et européens.

 

(2)  Aujourd’hui, la Composante Terre ne connait pas de problèmes de qualité mais bien de quantité. Notre personnel qu’il soit volontaire, sous-officier, officier ou civil est particulièrement bien formé. Une rapide comparaison de nos connaissances, de nos compétences et de nos savoir-faire avec nos partenaires internationaux suffit à s’en persuader. Nous pouvons certainement en être fiers. Mais aujourd’hui, nous sommes bien trop peu nombreux pour pouvoir atteindre les ambitions imposées. Nos alliés ont la perception que le partage de la charge n’est pas proportionné. Grâce à la haute qualité de nos contributions, cette perception est en partie dissipée. Lorsque nous faisons quelque chose, cela est toujours de qualité supérieure.

 

(3)  La Défense est le miroir de la société. Il y a donc place pour toutes celles et ceux qui respectent les valeurs de notre pays et de la Défense. Une attention particulière doit donc être portée à la place des femmes et des allochtones au sein de notre organisation.

 

(4)  Etre soldat est une école de la vie et pour la vie. Que l’on reste soldat ou pas, un passage à la Défense constituera toujours une plus-value pour la vie (professionnelle) future. La discipline, le sens de l’organisation, le travail en groupe, le sens du leadership,… sont autant d’atouts valables dans n’importe quel environnement professionnel. Ces compétences sociales constituent aussi un enrichissement personnel pour chacun.

 

(5)  La solidarité au sein de notre organisation est unique. La Défense est une organisation qui a pour vocation d’assurer la sécurité de notre société parfois au prix de la vie de ses membres. Cette caractéristique particulière ainsi que le fait de vivre en groupe dans des circonstances difficiles créent un lien particulier entre les Militaires. Ce sentiment étroit d’appartenir à un groupe fait que le lien entre tout le personnel de la Défense est particulièrement fort.

Bâtir l’avenir ne sera possible que si tout le monde fait front. Mon but est de pouvoir à nouveau augmenter nos ambitions d’ici 2020. La route est donc encore longue et parsemée d’obstacles, de moments et de passages délicats. Nous allons tous les surmonter. J’en suis persuadé !

Marc THYS, ir
Général-major
Aide de camp du Roi
Commandant de la Composante Terre